Le jour où j'ai regardé mes serveurs autrement

Pendant des années, j'ai hébergé mon petit coin du web — ce portfolio, mon blog, quelques projets pour ma femme et moi — chez Google Cloud et Vercel. C'était simple, c'était fiable, ça marchait. Je ne me posais pas de question. Le cloud américain, c'était juste le cloud.

Et puis 2025-2026 est passé par là.

Le principe avant le pragmatisme

Ce qui m'a fait tiquer, ce n'est pas une facture ni une panne. C'est une prise de conscience : les services critiques sur lesquels repose mon quotidien numérique appartiennent à des entreprises soumises au droit et aux décisions exécutives d'un seul pays. Un cloud, un fournisseur d'IA, un hébergeur — tout cela peut, en théorie, se voir imposer du jour au lendemain de couper l'accès à des utilisateurs « non américains », de restreindre un service, de geler un compte. Non pas parce que l'entreprise le veut, mais parce qu'un gouvernement peut le lui demander.

Le climat géopolitique récent a montré que ce n'était plus une hypothèse d'école. La démonstration a été faite, au grand jour, qu'un pouvoir politique pouvait se servir de la dépendance technologique comme d'un levier. Et quand on voit à quel point l'Europe — et la France — dépendent d'infrastructures américaines pour à peu près tout, ça donne le vertige.

Alors oui, mon projet est modeste. Un portfolio, un blog, des souvenirs de couple, deux ou trois jeux. Personne ne va « couper Chetana » pour raison d'État. Mais c'est justement une question de principe. Si je ne fais pas le geste sur mon petit périmètre, où j'ai tout pouvoir de décision, où le ferai-je ?

Cap sur Scaleway

J'ai donc décidé de rapatrier tout mon perso chez Scaleway, un hébergeur français (groupe Iliad), avec des datacenters en France. Tout est passé sous un seul domaine, chetana.fr, sur des Serverless Containers à Paris (fr-par).

Ce n'est pas un boycott — je continue d'utiliser certaines API (dont des modèles d'IA) qui n'ont pas d'équivalent souverain aujourd'hui, et je l'assume. C'est un rééquilibrage : ce qui peut être souverain le devient. L'hébergement, le stockage, la base de données, le DNS : tout ça, aujourd'hui, ça se fait très bien en France.

Et en prime, c'est moins cher

Cerise sur le gâteau : le principe est aussi une bonne affaire. Le scale-to-zero de Scaleway (mes conteneurs s'éteignent quand personne ne les utilise et ne coûtent alors rien), le stockage objet gratuit sous 75 Go, l'absence de frais par requête… ma facture compute perso fond. Le geste militant et le portefeuille sont, pour une fois, du même côté.

Ce que ça m'a appris

La souveraineté numérique, on en parle comme d'un grand sujet géopolitique abstrait. Mais elle commence très concrètement, à l'échelle d'un individu : sont mes données, qui peut décider d'y couper l'accès, et ai-je une alternative. Se poser la question pour un blog perso, c'est presque un exercice. Mais c'est un exercice qui rend lucide.

Dans le prochain article, je raconte le comment : la migration technique complète, de GCP/Vercel/Neon vers Scaleway, sans perdre une seule donnée. 👉